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La justice par le dialogue.Chez les Navajos, on préfère éviter la justice officielle et résoudre les conflits en s'adressant aux médiateurs de la tribu. C'est plus rapide et plus efficace.« Je me souviens très bien de la première fois où j'ai vu le processus navajo de résolution des conflits en action. J'avais entre 16 et 18 ans lorsqu'une querelle survint au cours d'une danse de squaw. Un médiateur était là. Il a pris les protagonistes à part et a résolu la dispute rapidement et facilement. Cela m'avait beaucoup impressionné. » Samuel Yazzie, qui vit à Wheatfield dans l'Arizona, a suivi il y a dix ans l'enseignement de son oncle, Philip Sandoval, et opère depuis lors comme médiateur, aussi bien à l'intérieur qu'en dehors du système judiciaire. Samuel Yazzie a remarqué que les gens préfèrent résoudre les problèmes au niveau local, en dehors du cadre judiciaire. Les gens parlent, résolvent la question et finissent par se donner l'accolade ou se serrer la main. Rien n'est couché par écrit. Et surtout, souligne Yazzie, « personne n'est perdant ».
L'un des facteurs clé de la réussite d'un médiateur réside dans le respect que lui portent les deux parties adverses plutôt que dans le recours à des mesures coercitives. Les gens impliqués dans une querelle se rencontrent sur un pied d'égalité pour résoudre le problème. Ils se rassemblent volontairement, et non parce qu'ils y sont forcés.
Le processus traditionnel de résolution des conflits se déroule en la seule présence du médiateur et des deux parties adverses. Yazzie pense que c'est une bonne méthode car elle permet de gagner du temps. Il n'admet que quatre personnes au maximum à ses séances de médiation afin que les participants restent concentrés. Il a observé que les choses échappent à tout contrôle quand trop de gens y participent. Yazzie reconnaît par ailleurs que le processus se heurte à deux problèmes : le cas des personnes de plus de 80 ans et celui des personnes qui refusent de parler. Lorsque des personnes refusent d'évoquer leurs problèmes, Yazzie les confie aux services sociaux ; mais, dans ces cas-là, il s'agit en général d'un problème plus profond qu'une simple querelle. Quant aux personnes âgées, Yazzie a pu constater que, dans bien des cas, il était impossible de résoudre leurs problèmes de manière satisfaisante. Mais il estime qu'il s'agit plutôt d'une caractéristique de la nature humaine, et non d'une faiblesse du processus.
Samuel Yazzie souligne que le processus a pour objectif d'enseigner, et non d'humilier, mais qu'éprouver la honte peut éventuellement en faire partie. Lorsqu'une personne comprend qu'elle a manqué de respect dans son comportement, elle éprouvera sans doute de la honte et, généralement, présentera des excuses. Les sentiments d'embarras sont considérés comme positifs dans la mesure où ils contribuent à susciter un comportement correct.[...] ».par Kathleen Manolescu, pour le Navajo Times, hebdomadaire à Window Rock en Arizona, article repris et traduit par Courrier International, hors-série de juin-juillet-août 2007, p.78.