- Poursuis.
- Cette créature (il s'agissait d'une femelle) éprouvait pour l'enfant une attirance particulière. Un certain sentiment de propriété, un lien qui excluait le reste de la société. Vaguement, je détectai quelque chose qui pouvait être rapproché du sentiment d'amitié, mais en beaucoup plus intense et sans aucune retenue.
- Je vois, dit Gan. Privés de pouvoirs télépathiques, ils ne peuvent avoir aucune conception de la vie en société. Mais c'était peut-être un cas pathologique ?
- Pas du tout. Ce comportement est la règle commune. La femelle en charge de l'enfant n'était autre que sa mère.
- Impossible. Sa propre mère ?
- Mais oui. Figurez-vous que l'enfant passe la première partie de son existence à l'intérieur de sa mère. Je dis bien, à l'intérieur. C'est là que l'oeuf est fertilisé ; il s'y développe et le petit en sort vivant.
- Par toutes les cavernes ! murmura Gan d'une voix faible. Ainsi, chaque créature peut connaître l'identité de ses enfants et chaque enfant aurait un père spécifique....
- Qu'il connaît, lui aussi ! Mon hôte franchissait près de huit mille kilomètres pour être présenté à son père.
- Incroyable !
- Vous faut-il d'autres preuves de l'incompatibilité irréversible qui existe entre nos esprits et ceux de ces créatures ?"
Isaac Asimov, Les Profondeurs [La Voie Martienne et autres nouvelles]
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