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(suite)
« Peut-on encore sauver les Nukaks ?
Colombie. Les Nukaks, l'un des derniers peuples nomades du bassin amazonien, ne sont connus que depuis 1988. Aujourd'hui chassés de leur territoire ancestral, ils succombent rapidement aux maladies.

Le crime n'est pas non plus inconnu d'eux. Dans son espagnol difficile, Martín explique qu'un Nukak s'était procuré un fusil. Un autre l'avait caché, refusant de dire où il était. Un jour, le propriétaire de l'arme a surpris le petit plaisantin et l'a tué à coups de machette. En marchant dans le campement, courbant la tête sous la bâche en plastique, nous avons pu voir plusieurs machettes sans fourreau, négligemment abandonnées sur le sol. Après leur rencontre avec les colons, les Nukaks se sont habitués à ce nouvel outil. Jusqu'avant hier, ils vivaient au paléolithique, se contentant pour chasser de leurs flêches et de leur sarbacanes. D'après Manuel, les Nukaks ne chassent pas le jaguar, le tapir ni le cerf. Pour eux ces animaux font partie de l'espèce humaine, et ils les considèrent comme leurs frères.
Encadrés par un soleil rouge dans le ciel et un autre dans l'eau de la rivière, nous reprenons avec tristesse le chemin de San José. Les médecins ont décidé d'amener Sandra à l'hopital, craignant qu'en plus d'une pneumonie elle soit atteinte de tuberculose. Son compagnon Felipe et son fils Hernán l'accompagnent. Quelques mois auparavant, Martín , le chef, est tombé malade, et lorsqu'il a fallu l'hospitaliser tous les membres de la communauté ont voulu l'accompagner. Toute une communauté nukake débarquant à l'hôpital ! La nouvelle avait fait le tour de la Colombie. Voyant que nous sommes sur le départ, les hommes se préparent aussi. Ils revêtent leurs meilleurs habits, des chemises aux couleurs vives, puis vont à la lagune et peignent leurs cheveux. Un groupe d'enfants nous escorte jusqu'à notre embarcation. Lorsque celle-ci se met en route, nous sourions et agitons nos mains, en espérant qu'ils vont en faire autant. Ils ne bougent pas, mais des expressions nouvelles naissent sur leur visage. Sur le chemin de San José, les soldats qui nous avaient demandé nos papiers la veille nous arrêtent au même endroit, scrutant attentivement nos visages.
Sandra a été hospitalisée, sur un diagnostic de pneumonie, d'hépatite A et de malnutrition. Hernán a passé la nuit dans une auberge destinée aux indigènes, avec d'autres femmes et d'autres enfants venus de Charras. Tous avaient la coupe de cheveux typique des Nukaks et souffraient de maladies parasitaires. Avant de repartir pour Bogotá, nous avons rendu visite à Sandra à l'hôpital. On l'avait mise sous perfusion. Elle a demandé ou étaient son fils et Felipe. Son regard était profond et reflétait une foule de sentiments opposés. Elle ressemblait alors à un jaguar en cage, à une tigresse s'apprêtant à défendre son petit. Mais certainement pas à un félin résigné.
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Par Oscar Bustos B., pour le trimestriel colombien Número, article repris ensuite par Courrier International, dans le numéro hors-série de juin-juillet-aout 2007, p.55.

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# Posté le lundi 09 juillet 2007 13:12
Modifié le vendredi 04 juillet 2008 15:36

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